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COURRIER
DU CORPS #3

C’est votre nouveau rendez-vous. Un temps pour se poser, réfléchir, s’inspirer. Tous les deux mois, la journaliste Amandine Grosse rencontre une figure inspirante autour d’une question de femme qui fait corps avec notre époque. La femme, ses représentations, le corps, sa place, son histoire, son langage, sa sexualité, … Dans le troisième volet du Courrier du Corps, Amandine a rencontré la philosophe Marie Robert avec qui elle a discuté de l'importance de prendre conscience de son corps.

Portrait de la philosophe Marie Robert

(Photo Boby via Libération)

Marie Robert,
l'hyper-consciente

Marie Robert, je la lis, je l’écoute, je lui parle parfois à voix haute (même quand elle n’est pas face à moi.) Parce que ses réflexions font écho à ce que nous vivons. Vraiment. Philosophe, auteure de best-sellers, directrice d’écoles, Marie Robert écrit sur Instagram un post quotidien, comme une lettre à la mer. Et dans le flou de ce réseau, elle éclaire par ses pensées plus de 100 000 abonnés. En librairie, ses livres s’offrent et se dévorent. Sur les ondes, son podcast ouvre grand nos oreilles. Au quotidien, elle dirige avec sens deux écoles Montessori. Hyperactive ? Un peu. Hyper-consciente, certainement. La personne idéale pour décoder les mots que notre corps articule, chaque jour.

"Notre corps exprime nos émotions beaucoup plus rapidement qu’avec des mots."

LE CORPS EST UNE BOUSSOLE

10h30,  elle répond à mon appel d’un “Bonjour !” qui porte bien son nom. De celui qui annonce une conversation qui se poursuivra quand on se quittera. 

Je commence d'emblée :  Marie, le langage du corps existe-t-il ? Elle me répond d’un souffle : “Non seulement il y a un langage du corps mais il y a surtout un langage sensoriel dont on n’a pas l’habitude de parler. Le philosophe Merleau-Ponty dit que le corps est notre seul véhicule pour expérimenter le monde. C’est comme s’il était une boussole. Le corps est un médiateur entre nous, notre conscience et le monde. Ce qui est fascinant, c’est que notre seule manière d’être dans le monde est de l’expérimenter avec notre corps. Il y a des matières qui sont agréables à toucher et d’autres qui vont susciter un sentiment de recul, des bruits qui génèrent de l’agacement ou d’autres, du plaisir. Sans doute n’a-t-on pas assez été habitué.e.s à consulter cette boussole. Dans nos sociétés occidentales, nous sommes beaucoup dans le cérébral : on raisonne, on conscientise. On oublie cet outil qui contient pourtant tous les indicateurs dont nous avons besoin.”

Mais oui, bien sûr. Le corps, comme moyen d’exploration du monde, prend tout son sens dès la naissance. Ce corps si fragile et pourtant déjà conçu pour nous aider à avancer, à quatre pattes, sur nos deux pieds, vacillant puis sûr de nous. Ce véhicule, cette boussole montre le chemin… Et ouvre la voix : “ On utilise aussi notre corps comme moyen de communication.” m’indique Marie avant de poursuivre : “Durant les deux ans et demi de pandémie, nous avons multiplié les Zoom et les Whatsapp vidéo. On a mis à distance tout une part de gestuel et donc de langage : la petite main qui tapote parce qu’on s’ennuie en réunion, ce sourire appuyé quand on ne trouve pas les mots, ces gestes qui nous permettent de donner de l’implicite. On explique aux enfants, aux adultes qu’il faut tout verbaliser. Si je suis évidemment favorable au langage, je pense que nous sous-estimons l’expression corporelle. Toucher le bras de quelqu’un pour lui dire qu’on est là a parfois plus de valeur que n’importe quel discours. Il y a cette puissance du corps qui s’exprime et qui nous relie à nos émotions. Ces émotions, mal vues dans l’histoire de la pensée jusqu' au 19ème siècle, sont à nouveaux considérées dès 1872 quand Darwin dit : “Les émotions participent au bien de l’humanité.” Il explique qu’elles sont un puissant langage adaptatif. C’est l’idée que notre corps exprime nos émotions beaucoup plus rapidement qu’avec des mots.”

"En tant qu’adulte, on nous a tellement habitués à dompter la colère qu'on la confine. De cela naît la frustration puis l’explosion dont on n’arrive pas à trouver la source."

Tout commence par un geste.

Je comprends, à travers cette conversation, que l’émotion qui s’exprime par le corps est fugace tandis que les sentiments se logent dans l’esprit. Marie Robert confirme : “Si on prêtait attention à ce que nous dit notre corps, les émotions ne s'installeraient certainement pas en sentiments. Prenons l’exemple de la colère : si on parvenait à lui laisser davantage de place, elle serait cette émotion fugace qui ne se transformerait pas en sentiment, si difficile à déloger.” Immédiatement, je vois mes enfants. Chez eux, tout commence par le corps : mon fils qui se jette par terre, qui lance ses jouets, qui bouge dans tous les sens. On devine que l’orage est proche. En tant qu’adulte, on nous a tellement habitués à dompter la colère avant qu’elle s’exprime, qu’on la réfrène, on la confine. De cela naît la douleur puis la frustration et l’explosion dont on n’arrive pas à trouver la source. Ça vous parle ?

Et maintenant, regardons de plus près. Combien de corps avez-vous vu cette année ? Sur nos écrans, ils sont partout. C’est une bonne chose car le corps fait partie de notre identité. Le montrer, c’est prendre conscience qu’il est multiple, l’effacer reviendrait à le faire taire. Marie Robert partage cette réflexion mais elle ajoute une question : “On n'a jamais vu autant de chair. Que ce soit dans un registre sexualisé, d’idées affirmées, de body positive, de positionnement sur la maternité, d’allaitement. Mais l’enjeu n’est pas tellement de le montrer, l’enjeu est de savoir ce qu’il nous raconte. Par exemple, si on nous dit que le post-partum est génial ou à l’inverse est horrible, c’est quelque part nous déposséder de ce sujet. La vraie question est : Que te raconte ton corps ? L’écouter ne tient pas qu’à l’idée de ralentir, c’est aussi l’écouter pour bouger.” Et si la clé était de valoriser le sensoriel ?

"Choisir un soutien-gorge dans lequel on se sent bien, soutenue, en confiance, c’est déjà prendre conscience de ce que l’on ressent."

(Re)sentir.

Cette question du sensoriel est intéressante car le corps et la peau sont des territoires de sensations immenses. On entend l’idée de se regarder face à un miroir, d’explorer son corps par le regard, on nous encourage à nous apprécier esthétiquement, mais le plus important ne serait-il pas de prendre conscience de tout ce que le corps est capable de faire et de nous faire ressentir ? Quand on fait un câlin à ses enfants, quand on se fait masser, quand on fait l’amour, quand on se laisse surprendre par des frissons d’émotion, quand apparaissent des papillons dans le ventre, quand on se dépasse…N’oublierait-on pas de valoriser cela ?  Marie Robert est passionnée par les sportifs de haut niveau qui se connectent inévitablement à leur corps pour devancer ses besoins, ses désirs. Alors cette question lui parle : "Évidemment ! Faire l’amour, être enceinte, faire du sport, sont des moments où l’on retrouve cette fascination pour ce qu’est le corps. On décide d’être partenaire avec lui. On ne le met pas à distance. Au contraire, on renoue avec cette unité. Cela  fait des siècles qu’on coupe le corps et l’esprit en Occident, même si les choses évoluent dans le bon sens depuis quelque temps. Dans ces moments-là, tu es une unité”. Et cette idée d’être en phase se joue au quotidien, dans des détails, des gestes, des sensations furtives. Et la philosophe de poursuivre : “Prenons l’exemple des sous-vêtements : choisir un soutien-gorge dans lequel on se sent bien, soutenue, en confiance, c’est déjà prendre conscience de ce que l’on ressent. S’ajoute à cela la question de l'hyper-intimité, du plaisir personnel. Dans ce choix, il y a une décision fondamentale de reconnecter son corps et son esprit.”

Le temps file et je comprends que tout est une question de timing : on écoute son corps trop tard et on ne le regarde plus au moment où il cherche à nous montrer quelque chose. Je demande à Marie ce que nous devrions faire pour accéder davantage à ce qu’on nomme communément le bien-être ? “On entend beaucoup le mot bien-être et tant mieux, car il ouvre des champs d’exploration nécessaires. Mais pour moi, la clé est de revenir dans l’être. Dans le bien, dans le mal, dans le mieux, dans toutes ses dimensions. L’urgence est dans un appel au vécu. Pas seulement au “montrer”, ni au “penser”. Elle est dans le “vivre” et toute l’amplitude que cela représente. Combien d’entre nous ne vivent pas l’alimentation ? Il faut renouer avec cette intuition du corps qui sait qu’il a faim, qui sait s’il est bien, s’il a besoin de plus ou de moins. Vivre plutôt que penser et montrer.”

Notre conversation s’achève. Et déjà je me demande à quand remonte la dernière fois que j’ai écouté mon corps comme si je le rencontrais pour la première fois ?

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